Réduire la vitesse ne protège pas toujours les bélugas : la forme des coques complexifie l’impact sonore produit.
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Traversiers de la côte Est
La côte Est du Canada compte différents fournisseurs de traversiers le long du fleuve et du golfe du Saint-Laurent, entre les différentes provinces maritimes et à Terre-Neuve-et-Labrador. Certaines lignes de traversiers de cette région ne fonctionnent pas pendant l’hiver, quand la glace est présente. À l’instar des traversiers de la côte Ouest, les traversiers de la côte Est traversent des habitats désignés comme essentiels pour les mammifères marins comme les bélugas en voie de disparition dans le fleuve Saint-Laurent et la rivière Saguenay, et les baleines noires de l’Atlantique Nord en voie de disparition dans le golfe du Saint-Laurent. D’autres espèces de baleines en péril, comme le rorqual bleu, le rorqual commun, le petit rorqual et le cachalot, fréquentent également ces eaux.
L’infographie suivante présente les données sur les itinéraires recueillies auprès des différents exploitants de traversiers, ainsi que les zones d’habitat essentiel tirées des couches cartographiques créées par Pêches et Océans Canada et les zones de ralentissement réglementaire établies par Transports Canada.

Caractérisation des signatures acoustiques des traversiers en opération dans l’habitat estival de la population de bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent
À l’Est, l’Université du Québec en Outaouais a entrepris, en partenariat avec la Société des Traversiers du Québec (STQ), un projet visant à caractériser le bruit des traversiers dans une zone fréquentée par les bélugas près de Gros-Cacouna – un port en eau profonde situé dans l’Est du Québec, sur le fleuve Saint-Laurent, qui deviendra en 2028 le port d’attache du service de traversier du Bas-Saint-Laurent pour des raisons économiques et d’exploitation. Dirigé par les chercheurs Clément Chion et Dominic Lagrois du laboratoire LISSÉ, ce projet comprend la mesure du bruit sous-marin généré par les traversiers et l’évaluation de la contribution relative des traversiers aux niveaux de bruit globaux dans le fleuve Saint-Laurent à l’aide de l’outil de simulation 3MTSim.

À l’automne 2023, l’équipe de recherche a déployé une station d’écoute sur le fond marin composée d’hydrophones positionnés sur des trépieds métalliques, semblable à la station d’écoute sous-marine du passage Boundary, mais dans des eaux peu profondes à intermédiaires, à 6 km au nord-est du port de Cacouna. Les hydrophones ont été utilisés pour mesurer les niveaux de bruit produits par les traversiers de la flotte de la STQ qui circulent à des vitesses variant de 8 à 15 nœuds dans l’habitat du béluga du Saint-Laurent.
Les résultats révèlent que les profils sonores des traversiers ne correspondent pas habituellement aux conventions généralement acceptées pour les navires commerciaux. Les niveaux de bruit à la source n’augmentent pas systématiquement avec la vitesse et, en fait, il s’est avéré que le voyage à 14 nœuds était plus silencieux qu’à 8 nœuds pour l’un des navires. Les traversiers évalués étaient de tailles et de configurations différentes et produisaient des profils de bruit considérablement différents. L’une des conclusions pertinentes pour les décisions relatives à l’exploitation des traversiers est qu’une accélération soudaine peut avoir une incidence négative sur l’environnement marin, en particulier sur les espèces marines sensibles aux bruits de basse fréquence à proximité des postes d’amarrage des traversiers.
Le travail sur ce projet a été soutenu par des partenaires tels que le Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Parcs Canada et Pêches et Océans Canada, et se poursuit. En plus de fournir des données de base pour évaluer les risques liés au bruit dans cet habitat essentiel pour les bélugas, ce projet contribuera également à l’élaboration d’une nouvelle norme pour l’évaluation du bruit à la source des navires qui transitent dans des eaux de profondeur intermédiaire.

Des traversiers canadiens plus silencieux au-delà de l’Initiative pour des navires silencieux
Bien qu’elles ne fassent pas partie des projets financés par l’Initiative pour des navires silencieux, deux initiatives canadiennes remarquables font progresser la technologie des traversiers silencieux. Livré en 2024, le nouveau traversier à passagers de Marine Atlantique, le MV Ala’suinu, l’un des traversiers de la classe Stena E-Flexer, a été conçu pour obtenir la certification « Silent-E » de Det Norske Veritas (DNV). Cette notation reconnaît que le bruit sous-marin du navire est contrôlé afin de protéger les environnements marins sensibles. L’obtention de la classe « Silent-E » nécessite une conception et une configuration minutieuses des équipements de propulsion et de bord afin de réduire le bruit tout en maintenant une efficacité élevée, réduisant ainsi de manière significative le bruit rayonné sous-marin.
Quelles sont les prochaines étapes pour des traversiers plus silencieux?
Il n’existe pas de solution unique pour réduire le bruit des traversiers. Le remplacement des navires vieillissants en fin de vie par des navires plus silencieux, la modernisation des navires les plus bruyants selon une approche progressive et la réduction du bruit par des changements opérationnels, en particulier dans les zones d’habitat essentiel, font tous partie de la solution.
L’adoption de modèles informatiques et de simulations permettra de s’assurer que les traversiers rénovés et les nouveaux traversiers fonctionnent aussi silencieusement et efficacement que possible. L’intelligence artificielle est un domaine de développement qui s’avère déjà prometteur pour atteindre ces objectifs. Par exemple, la communauté européenne de l’architecture navale a mis au point un logiciel mi-AI, mi-simulation qui effectuera automatiquement des itérations de conception afin de trouver une conception optimale pour un ensemble d’objectifs de conception concurrents.
Au Canada, des investissements supplémentaires dans la recherche pourraient soutenir le développement d’un tel logiciel pour les exploitants de navires canadiens. La poursuite des collaborations entre les instituts de recherche et l’industrie maritime, comme celle que BC Ferries a entreprise avec l’Université de Victoria, et un plus grand échange des données relatives à la conception des navires et aux détails opérationnels contribueront à soutenir ces efforts.
Cet article a été rédigé par Clear Seas pour le compte de Transports Canada dans le cadre de l’Initiative pour des navires silencieux. Il fait partie d’une série de quatre articles consacrés aux traversiers et au bruit sous-marins.
Pour en savoir plus sur les nouvelles découvertes et les défis à relever pour rendre les navires plus silencieux, consultez les autres sujets de cette série ici.
L’Initiative pour des navires silencieux est financée par le gouvernement fédéral par l’intermédiaire de Transports Canada. Les partenaires industriels et les chercheurs intéressés par d’éventuelles collaborations en matière de recherche et de développement afin de faire progresser les solutions novatrices dans le domaine de la technologie marine sont invités à contacter l’équipe de l’Initiative pour des navires silencieux à l’adresse suivante : Marine-RDD-maritime@tc.gc.ca
Fréquence : Le son se déplace dans un milieu comme l’eau sous forme d’onde, d’où le terme « onde sonore ». La fréquence, aussi appelée « hauteur », indique la fréquence à laquelle une onde sonore se répète en une seule seconde. Mesurée en hertz (Hz), ou cycles par seconde; les nombres plus élevés signifient des sons plus aigus et les nombres plus bas, des sons plus graves.