En cette Journée nationale des peuples autochtones, nous réfléchissons à l’importance de la famille, de la communauté, des pratiques traditionnelles et de l’art.
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Je suis une artiste en perlage d’ascendance mixte européenne et autochtone. Du côté de ma mère, je suis d’origine italienne et irlandaise et, du côté de mon père, mes racines autochtones sont saulteaux, cries et métisses. Je suis membre de la Première Nation crie de Sapotaweyak, en territoire visé par le Traité no 4, situé près du lac Winnipegosis, au Manitoba. À bien des égards, on pourrait dire que je suis une personne autochtone en démarche de reconnexion. Le parcours a été long, mais en chemin, j’ai rencontré de nouveaux membres de ma famille, entendu de belles histoires et appris davantage sur mes origines.
J’ai commencé le perlage il y a environ sept ans, après avoir parcouru les effets personnels de ma grand-mère. Parmi ses objets, j’ai découvert de magnifiques broderies florales cries et métisses faites à la main, ainsi qu’une impressionnante couverture étoilée ojibwée, offerte à ma mère le jour de son mariage par mon arrière-grand-mère. En tenant ces pièces entre mes mains, j’ai compris qu’elles étaient bien plus que des objets de famille. Elles représentaient un lien avec des générations de femmes de ma famille, ainsi qu’avec une part de moi que je n’avais pas pleinement reconnue ni explorée. À ce moment-là, j’ai senti qu’une histoire entière attendait d’être redécouverte.



Photo de gauche : Une couverture étoilée ojibwée réalisée par l’arrière-arrière-grand-mère de Stephanie, Kathleen Munro. Souvent offertes pour marquer des moments importants de la vie, les couvertures étoilées sont des symboles d’honneur, de protection et de bénédictions. Photo du centre : Des panneaux de veste des années 1930, brodés de motifs floraux traditionnels cries et métis. Ces œuvres ont inspiré l’exploration du perlage par Stephanie et sa démarche de reconnexion culturelle. Photo de droite : Une branche de baies de Saskatoon et un faon, inspirés par la grand-mère de Stephanie, qui a grandi en territoire visé par le Traité no 4 et dont la famille a autrefois adopté un jeune faon.
En suivant ce sentiment, je me suis tournée vers le perlage traditionnel, inspirée par les panneaux floraux de vestes que j’avais trouvés parmi les affaires de ma grand-mère. Je les ai ensuite présentés à l’expert en art métis Gregory Scofield, qui pense qu’il s’agit d’œuvres inachevées datant du début des années 1930.
Pour moi, le perlage est bien plus qu’un passe-temps. C’est une façon de me connecter à mes ancêtres et à ma grand-mère, qui me manque énormément. Chaque pièce que je crée me donne l’impression de faire revivre un souvenir, d’entretenir un dialogue à travers les générations et d’éprouver un sentiment d’espoir et de joie.
La nature a toujours été au cœur de mon travail. En grandissant dans la région des Kootenays, en territoire ktunaxa, je passais autant de temps que possible à l’extérieur. Je me souviens des chasses avec mon père et de mon émerveillement devant les troupeaux de wapitis et de cerfs de Virginie traversant les paysages, des minuscules fraises sauvages qui semblaient s’étendre à perte de vue, et des baies de Saskatoon que nous récoltions pour ensuite les déposer à la cuillère sur de la crème glacée au campement. Ces baies trouvent encore aujourd’hui leur place dans mon perlage.
La pêche en famille demeure l’un de mes plus précieux souvenirs d’enfance. Aujourd’hui, je crée souvent des motifs de truites arc-en-ciel inspirés des poissons que nous attrapions et de leurs couleurs iridescentes. Encore aujourd’hui, lorsque je reproduis leurs écailles lumineuses en perles, je repense à ces moments passés sur les eaux du lac Koocanusa.

Une collection de grandes œuvres de perlage réalisées par Stephanie, représentant un huard, un wapiti, un rouge-gorge et un saumon, inspirées d’histoires familiales, de souvenirs et de photographies.



Des boucles d’oreilles en perlage inspirées des oiseaux, des poissons et de la faune qui ont façonné le lien de Stephanie au territoire, des montagnes Rocheuses de son enfance jusqu’à la côte du Pacifique Nord-Ouest qu’elle considère aujourd’hui comme son chez-soi.
Aujourd’hui, je vis en territoire salish de la côte, et la nature continue de façonner mon travail. Je m’inspire des saumons rouges que mes enfants et moi relâchons au stade d’alevins au printemps et que nous voyons revenir à l’automne. Leurs rouges éclatants et leurs verts chatoyants, alors qu’ils entreprennent leur dernier voyage vers la maison, me parlent d’esprit et de force, et de l’importance de poursuivre pour les générations futures, même lorsque nous approchons de notre propre fin.
Je m’inspire aussi des épaulards de la mer des Salish et de leurs liens familiaux matrilinéaires, des petits colibris qui visitent mes fleurs, des pics flamboyants dans ma cour, et des trilles qui fleurissent chaque printemps le long des sentiers que je parcours.
De mes premiers souvenirs dans les montagnes Rocheuses aux expériences le long des côtes du Pacifique que je partage aujourd’hui avec mes filles, je puise mon inspiration dans la nature, la famille et les histoires qui nous relient. Je suis reconnaissante d’avoir hérité de ces fragments de l’histoire de ma famille et de pouvoir les honorer à travers le travail que je crée aujourd’hui.
En réfléchissant aux traditions qui ont été interrompues entre mon arrière-grand-mère, ma grand-mère et moi, je pense au fait que je n’ai jamais eu la chance d’apprendre auprès de mon arrière-grand-mère Kathleen, dont je porte le nom, ni de l’entendre parler sa langue en raison des effets de la colonisation. Il y a une perte dans cela.
Mais il y a aussi une grande résilience.
Grâce au perlage, j’ai trouvé un moyen de me reconnecter. J’ai trouvé une façon d’honorer mes ancêtres, de célébrer la beauté des terres et des eaux qui ont façonné ma vie et de faire vivre des traditions qui ont failli disparaître.
Je suis reconnaissante de faire partie d’une communauté dynamique d’artistes autochtones qui continuent de transmettre leur savoir, leur créativité et leur culture. Chaque perle que je tiens me rappelle que ces histoires, ces liens et ces traditions sont toujours bien vivants. Ils vivent dans les œuvres que nous créons, dans les enseignements que nous transmettons et dans les générations qui nous ont précédés et celles qui suivront.

Stephanie Hurlburt est membre de la Première Nation crie de Sapotaweyak. Elle vit à Port Moody, en Colombie-Britannique, avec son mari et ses deux filles, sur le territoire ancestral et non cédé de la Première Nation kʷikʷəƛ̓əm (Kwikwetlem), ainsi qu’au sein des territoires partagés des nations səlilwətaɬ (Tsleil-Waututh), xʷməθkʷəy̓əm (Musqueam), Sḵwx̱wú7mesh (Squamish), q̓ic̓əy̓ (Katzie), qʼʷa:n̓ƛʼən̓ (Kwantlen), qiqéyt (Qayqayt) et Stó:lō.
Elle est artiste en perlage et son travail s’inspire des terres, des eaux, des plantes et des animaux qui nous entourent. Vous pouvez découvrir son travail sur Instagram : @stephanie.k.beadwork