Journée nationale des peuples autochtones : La reconnaissance arrive à un moment douloureux de l’histoire des peuples autochtones et met en lumière l’injustice, les pensionnats indiens et le besoin de réconciliation

En juin, le Canada célèbre le Mois national de l’histoire autochtone afin de reconnaître l’histoire, le patrimoine et la diversité des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Les peuples autochtones ont une histoire et un lien profonds avec la terre que nous appelons Canada et les océans et les eaux qui baignent ses rivages.

Par Sarah Thomas, responsable des relations avec les communautés autochtones et côtières, Clear Seas

À titre de responsable des relations avec les communautés autochtones et côtières pour Clear Seas, j’écris ce blogue pour parler de mon expérience et offrir mon point de vue en tant qu’Autochtone afin d’aborder l’importance de la réconciliation telle que définie dans les conclusions de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, et pourquoi cela est important pour l’industrie du transport maritime ainsi que pour tous les Canadiens.

L’importance de cette histoire et la gravité de la situation sont devenues encore plus convaincantes lorsque le côté sombre de ce récit a refait surface avec la récente et horrible nouvelle de la découverte des restes de 215 enfants enterrés dans l’ancien pensionnat indien de Tk’emlups à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Bien que douloureuses à entendre et à affronter, des histoires comme celle-ci doivent être communiquées au reste du pays afin que les Canadiens comprennent la situation des peuples autochtones. Il est important qu’en cette Journée nationale des peuples autochtones, le 21 juin, nous prenions le temps, en tant que pays, de rendre hommage à la résilience des peuples autochtones du Canada et de reconnaître la force qu’ils portent en eux. C’est cette force et le lien avec leurs ancêtres, leur histoire, la terre et l’eau qui rendent les peuples autochtones si importants pour le Canada.

Les peuples autochtones ont une culture profondément enracinée et un lien avec la terre et les eaux connues sous le nom de Canada. Les voix autochtones résonnent à travers le pays, d’un océan à l’autre : « Nous sommes ici, nous sommes ici depuis des temps immémoriaux1. »

Les peuples autochtones ont un lien particulier avec la terre

Les générations successives de peuples autochtones vivent de la terre depuis des milliers d’années et connaissent les terres, les eaux et l’environnement qui les font vivre depuis des millénaires. Cette connaissance et cette expérience profondes sont ce qu’on appelle « connaissances traditionnelles ». Selon l’Assemblée des Premières Nations (APN), elles peuvent être comprises comme la connaissance collective des traditions utilisées par les peuples autochtones, qui les a soutenus dans leur environnement, depuis des temps immémoriaux.

Sarah Thomas.

Sarah Thomas, membre de la Nation Tsleil-Waututh et responsable des relations avec les communautés autochtones et côtières chez Clear Seas

Les peuples autochtones ont une histoire orale qui se transmet de génération en génération par l’entremise d’histoires racontées par les aînés ou les gardiens du savoir de la communauté.  D’après mon expérience en tant que membre de la Nation Tsleil-Waututh (Salish du littoral), nos aînés nous ont dit : « Quand la marée descendait, la table était mise ». Ce dicton a été transmis de génération en génération et nous montre aujourd’hui que la principale source de nourriture des membres de la Nation Tsleil-Waututh provenait des océans. Nos aînés nous ont dit qu’il y avait autrefois une abondance de fruits de mer qui a soutenu notre peuple au fil des ans. Ils avaient une connaissance inhérente des marées et de la saison de la pêche, des baies, des mollusques et des crustacés et ne prenaient jamais plus que ce dont ils avaient besoin pour assurer leur subsistance l’année suivante.

« Notre responsabilité d’intendance comprend le rétablissement des conditions qui fournissent les bases environnementales,
culturelles, spirituelles et économiques nécessaires à l’épanouissement de nos communautés. »
– Maureen Thomas, ancienne chef de la Nation Tsleil-Waututh

Les peuples autochtones entretiennent un lien profond avec la terre et les eaux qu’ils habitent. Ainsi, de nombreuses histoires de création de ces peuples proviennent de la terre ou des cours d’eau de leurs territoires traditionnels. La Nation Tsleil-Waututh signifie « peuple du bras de mer ». L’histoire de sa création est racontée de génération en génération : « Par le sédiment du sable, au fond de l’océan, le créateur a fait la première grand-mère de Tsleil-Waututh, elle venait de la baie Burrard. C’est de là que nous venons, et c’est pourquoi on nous appelle le peuple de la baie. »

Vue sur la baie Burrard, territoire traditionnel de la Nation Tsleil-Waututh, C.-B.

Ces histoires et ces liens expliquent pourquoi les peuples autochtones sont si déterminés à préserver la santé de la terre pour les générations futures; c’est ce qu’ils sont, car leur existence entière est fondée sur la création de leur peuple à partir de l’environnement. « Tout comme les cours d’eau nous ont soutenus depuis des temps immémoriaux, il est de notre devoir sacré non seulement de prendre soin d’eux en retour, mais aussi de restaurer la santé de l’environnement », déclarent les aînés de la Nation Tsleil-Waututh, la communauté autochtone qui habite le long de la baie Burrard.

Les aînés de Tsleil-Waututh ont dit que lorsque les Européens ont commencé à arriver, une partie importante de notre population a été emportée par la maladie. De nombreuses histoires racontent comment notre peuple a survécu à d’autres périodes difficiles – le colonialisme, le système des réserves et les pensionnats indiens. Au cours de ces périodes difficiles et malgré ces obstacles, notre peuple a contribué à la construction de Vancouver et de Vancouver Nord, a persévéré dans sa gestion des terres et des eaux de son territoire et a continué à pratiquer et à transmettre sa langue et sa culture comme il le pouvait. Nous avons trouvé notre chemin à travers les changements qui se produisaient dans le monde qui nous entourait – extrait du Plan d’aménagement du territoire de la Nation Tsleil-Waututh 2018.

La connaissance des marées et des cycles de vie de l’écosystème et de la vie marine a joué un rôle important dans la durabilité des communautés autochtones côtières. Les gens savaient lorsque c’était une mauvaise année pour le poisson, et ils ne prenaient jamais plus que ce dont ils avaient besoin. Ils connaissaient les schémas de migration des animaux et des poissons et voyageaient des villages d’hiver à ceux d’été avec des sources de nourriture. L’utilisation de ces informations est précieuse pour pouvoir planifier un avenir durable pour les prochaines générations.

Jeunesse autochtone de la Nation Tsleil-Waututh

Rôle des connaissances traditionnelles autochtones dans la recherche

Les connaissances traditionnelles apportent une meilleure compréhension de l’environnement lorsqu’elles sont intégrées à la recherche et à la planification occidentales. Les recherches futures devront respecter les connaissances autochtones et ces dernières devront être soigneusement intégrées à la recherche scientifique afin de fournir un point de vue global lors de la prise de décisions.

Le Centre pour le transport maritime responsable Clear Seas (Clear Seas) reconnaît l’importance des voix autochtones et a créé un espace où les communautés côtières peuvent exprimer leurs préoccupations concernant le transport maritime et les connaissances qu’elles détiennent dans leurs eaux traditionnelles.

Clear Seas lance un programme de stages pour les Autochtones

Afin d’inclure les points de vue autochtones dans ses recherches et d’informer la navigation maritime, Clear Seas a lancé un Programme de stages destiné aux Autochtones au printemps 2021. L’objectif de ce programme est d’écouter les priorités des communautés autochtones en matière de transport maritime et d’inclure ces priorités dans les recherches sur lesquelles Clear Seas travaille. La réconciliation dans l’industrie canadienne du transport maritime est importante pour Clear Seas et je suis motivée par le fait de travailler avec les communautés pour partager leurs histoires en incluant les connaissances traditionnelles dans les projets de recherche axés sur le transport maritime. Il s’agit non seulement d’un pas vers la réconciliation dans l’industrie maritime, mais aussi d’un renforcement des capacités au sein des communautés autochtones.

Nous réinventons le paradigme pour faire en sorte que les perspectives autochtones soient prises en compte dans nos recherches dès le début des projets, au lieu de faire l’inverse, comme cela a souvent été le cas. Clear Seas travaillera avec les stagiaires pour faire avancer le point de vue des Premières Nations et des communautés inuites impliquées, plutôt que de prescrire une approche fixe. Il s’agit d’écouter et d’appliquer les connaissances traditionnelles pour élaborer des stratégies qui permettront de gérer les risques et de respecter les peuples autochtones et leur patrimoine culturel. C’est là une étape clé de la réconciliation.

Confronter le passé, aider à guérir l’avenir

Cette année pourrait marquer un tournant pour les peuples autochtones du Canada. Dans le sillage de la découverte de Kamloops, les Canadiens sont confrontés à la réalité de l’héritage du système des pensionnats indiens, ainsi qu’aux perturbations et à la destruction qu’il a entraînées pour notre peuple. Cela nous rappelle à tous l’importance de la Commission de vérité et réconciliation et les mesures que le Canada doit prendre pour contribuer à la guérison et montrer son respect envers nos peuples. Il existe des mesures concrètes que nous pouvons tous prendre pour bâtir un avenir meilleur, ce qui nous aidera à tourner la page sur ce sombre chapitre de l’histoire et à aborder pleinement la réconciliation.

En savoir plus

La réconciliation et l’industrie canadienne du transport maritime

Remarques

1 Il s’agit d’une expression poétique et sincère utilisée par les peuples autochtones pour désigner l’époque précédant la création.

Date de publication : 17 juin 2021